Histoire-Géographie · CM1
L'arrivée des Européens en Afrique de l'Ouest
Raconter, en tes propres mots, comment les premiers Européens sont arrivés sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest et pourquoi ils ont rencontré des résistances chez nos ancêtres.
Imagine-toi un samedi après-midi au marché de Marcory, à Abidjan. Ta maman te donne 500 FCFA pour acheter un sachet d’attiéké bien frais chez Maman Fatou. Pendant que tu fais la queue, tu entends deux vieux papas discuter sous un manguier. L’un d’eux, Papy Kouamé, dit : « Tu sais, mon petit-fils, avant que les Blancs n’arrivent chez nous avec leurs grands bateaux, nos ancêtres vivaient en paix dans leurs royaumes. Ils cultivaient l’igname, le manioc, et ils commerçaient entre villages. Puis un jour, des hommes venus de très loin, de l’autre côté de la grande mer, ont posé le pied sur nos plages. Ils voulaient prendre l’or, l’ivoire, et même des hommes pour les vendre comme esclaves. Mais tous nos chefs ne se sont pas laissé faire ! Certains ont combattu, d’autres ont négocié. Aujourd’hui, quand tu vois les bateaux chargés de cacao partir du port d’Abidjan vers la France, tu dois te souvenir de cette histoire. » Tu tends l’oreille. Papy Kouamé continue : « Si tu ne connais pas cette histoire, tu ne peux pas comprendre pourquoi on parle français à l’école, pourquoi nos routes ressemblent à celles de Paris, ou pourquoi le cacao ivoirien est connu dans le monde entier. L’arrivée des Européens a tout changé dans notre pays. Certains de nos rois ont dit non, d’autres ont dit oui. Et toi, aujourd’hui, tu vas découvrir le courage des héros qui ont refusé de plier. Alors, pose ton sachet d’attiéké une minute, et suis-moi dans ce voyage dans le temps. Tu vas voir, c’est passionnant ! » Dans cette leçon, tu vas apprendre comment les premiers Européens sont arrivés chez nous, ce qu’ils cherchaient, et comment nos ancêtres ont réagi. Prépare-toi à rencontrer des rois courageux, des marins intrépides et des marchands avides. C’est une histoire de bravoure et de dignité.
I. LES PREMIERS EUROPÉENS SUR NOS CÔTES
1. Qui sont les premiers arrivés ?
Tu dois savoir que les premiers Européens à venir en Afrique de l’Ouest étaient des Portugais. C’était au 15e siècle, bien avant la naissance de ton arrière-arrière-grand-père. En 1440, un navigateur portugais nommé Gil Eanes a dépassé le cap Bojador, un endroit dangereux au sud du Maroc. Puis, d’autres marins ont continué vers le sud. En 1471, les Portugais ont atteint les côtes de l’actuel Ghana, juste à côté de la Côte d’Ivoire. Ils cherchaient une route vers l’Inde pour acheter des épices (poivre, cannelle) sans passer par les marchands arabes. Mais en chemin, ils ont découvert une chose bien plus précieuse : l’or d’Afrique.
Définition : Un navigateur est une personne qui voyage sur la mer pour découvrir de nouvelles terres.
2. Pourquoi viennent-ils chez nous ?
Les Européens ne sont pas venus par hasard. Ils avaient trois grandes raisons. D’abord, l’or. Sur nos côtes, on trouvait de l’or en poudre dans les rivières. Les Portugais l’appelaient la « Côte de l’Or ». Ensuite, l’ivoire. Les défenses d’éléphant étaient très recherchées en Europe pour fabriquer des objets de luxe (bijoux, manches de couteaux). Enfin, les épices et les esclaves. Très vite, le commerce des êtres humains est devenu le plus important. Des marchands européens venaient échanger des fusils, du tissu, de l’alcool contre des hommes, des femmes et des enfants capturés lors de guerres entre royaumes africains.
Règle à retenir : Les Européens sont arrivés en Afrique de l’Ouest pour chercher de l’or, de l’ivoire et des esclaves. Ce commerce s’appelle la traite négrière.
3. Comment se passait le premier contact ?
Quand un bateau européen arrivait sur la côte, les marins ne descendaient pas tout de suite. Ils hissaient un drapeau blanc ou tiraient un coup de canon en l’air pour signaler leur présence. Les chefs de village africains envoyaient alors des pirogues pour voir ce que ces étrangers voulaient. Les échanges se faisaient sur la plage, jamais à l’intérieur des terres au début. Les Européens installaient des comptoirs, c’est-à-dire de petits forts en bois ou en pierre, pour stocker les marchandises. En Côte d’Ivoire, des comptoirs ont été construits à Assinie et à Grand-Bassam. Aujourd’hui, tu peux encore voir les ruines de ces forts à Grand-Bassam, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
II. LES ROYAUMES AFRICAINS FACE AUX EUROPÉENS
1. Des royaumes puissants et organisés
Quand les Européens sont arrivés, l’Afrique de l’Ouest n’était pas un territoire vide. Il y avait de grands royaumes bien organisés. Par exemple, le royaume du Ghana (pas le pays actuel, mais un ancien empire situé plus au nord), le royaume du Mali, le royaume du Songhaï, et plus près de chez nous, le royaume de Kong (dans le nord de la Côte d’Ivoire) et le royaume d’Abron (dans l’est). Ces royaumes avaient des armées, des impôts, des routes commerciales. Les rois africains n’étaient pas des naïfs. Ils savaient négocier.
Exemple concret : Le roi du Kong, au 17e siècle, a refusé de vendre ses sujets comme esclaves. Il a dit aux Européens : « Je ne trafique pas la vie de mon peuple. »
2. La résistance armée : quand nos ancêtres disent non
Tous les chefs n’ont pas accepté l’arrivée des Européens. Certains ont pris les armes. Le plus célèbre en Côte d’Ivoire est le roi Samori Touré. Samori était un chef militaire qui a créé un immense empire entre la Guinée, le Mali et le nord de la Côte d’Ivoire. Quand les Français ont voulu conquérir son territoire, Samori a organisé une résistance très forte. Il a utilisé la guérilla : ses soldats attaquaient les colonnes françaises par surprise, puis disparaissaient dans la forêt. Pendant 16 ans (de 1882 à 1898), Samori a tenu tête aux Français. Il a même déplacé tout son empire vers l’est pour éviter l’ennemi. Finalement, il a été capturé et exilé au Gabon, où il est mort en 1900.
Définition : La résistance, c’est l’action de s’opposer par la force ou par la ruse à un envahisseur.
3. La résistance pacifique : quand nos ancêtres disent non autrement
Tous les héros n’ont pas utilisé les fusils. Certains ont utilisé la parole, la diplomatie, la fuite. Par exemple, le peuple Baoulé, dans le centre de la Côte d’Ivoire, a refusé de se soumettre aux Français en quittant leurs villages pour aller s’installer plus loin, dans des zones difficiles d’accès. La reine Abla Pokou, une grande figure baoulé, a conduit son peuple à travers le fleuve Comoé pour échapper aux ennemis. Plus tard, les Baoulé ont signé des traités de paix avec les Français, mais ils ont toujours gardé leur fierté et leur culture.
Règle à retenir : La résistance peut être armée (avec des armes) ou pacifique (avec des paroles, des déplacements, des refus silencieux).
III. LES CONSÉQUENCES DE L’ARRIVÉE DES EUROPÉENS
1. La traite négrière : une plaie profonde
Le plus grand mal apporté par les Européens a été la traite des esclaves. Pendant plus de 300 ans, des millions d’Africains ont été capturés, entassés dans des bateaux, et vendus en Amérique pour travailler dans les plantations de canne à sucre, de coton et de tabac. En Côte d’Ivoire, des villages entiers ont été vidés de leurs habitants. Les familles étaient séparées. Les enfants ne revoyaient jamais leurs parents. Cette souffrance a laissé des traces encore visibles aujourd’hui : la méfiance envers l’étranger, la pauvreté de certaines régions, et la dispersion des Africains dans le monde (la diaspora).
Chiffre à retenir : On estime que 12 à 15 millions d’Africains ont été déportés vers l’Amérique entre le 16e et le 19e siècle.
2. La colonisation : la prise de contrôle totale
Après avoir aboli l’esclavage (en 1848 pour la France), les Européens n’ont pas quitté l’Afrique. Au contraire, ils ont décidé de coloniser le continent. La colonisation, c’est quand un pays étranger prend le contrôle d’un autre pays, impose sa langue, ses lois, son administration, et exploite les richesses. En 1885, lors de la conférence de Berlin, les grandes puissances européennes (France, Angleterre, Allemagne, Portugal, Belgique) se sont partagé l’Afrique comme un gâteau. La Côte d’Ivoire est devenue une colonie française en 1893.
Définition : La colonisation, c’est la domination d’un pays par un autre pays étranger.
3. Ce qui a changé dans la vie des Ivoiriens
Avec la colonisation, tout a changé. Les Français ont construit des routes, des chemins de fer (comme la ligne Abidjan-Niger), des écoles, des hôpitaux. Mais ils ont aussi imposé l’impôt (tout le monde devait payer des taxes en argent), le travail forcé (les hommes étaient obligés de travailler sur les chantiers sans être payés), et la culture du cacao et du café pour l’exportation. Les chefs traditionnels ont perdu leur pouvoir. Les Ivoiriens sont devenus des sujets français, pas des citoyens. Ils n’avaient pas le droit de vote. Cette situation a duré jusqu’en 1960, année de l’indépendance.
Exemple concret : Ton arrière-grand-père a peut-être été obligé de planter du cacao sur ses terres, même s’il voulait cultiver de l’igname pour nourrir sa famille. Les récoltes étaient vendues en France, et les Ivoiriens ne gagnaient presque rien.
IV. LES GRANDS HÉROS DE LA RÉSISTANCE EN CÔTE D’IVOIRE
1. Samori Touré : le stratège
Samori Touré est le plus célèbre résistant de l’Afrique de l’Ouest. Né en 1830 en Guinée, il a créé un empire puissant. Il a modernisé son armée : il a acheté des fusils aux Européens, il a formé des soldats professionnels, il a construit des fortifications. Pendant 16 ans, il a résisté aux troupes françaises. Sa tactique préférée était la terre brûlée : avant l’arrivée des Français, il faisait brûler les champs et les villages pour que l’ennemi ne trouve rien à manger. Finalement, trahi par un de ses lieutenants, il a été capturé en 1898.
2. La reine Abla Pokou : la mère courage
Abla Pokou était une princesse du royaume Ashanti (actuel Ghana). Au 18e siècle, pour échapper aux guerres, elle a conduit son peuple vers l’ouest, jusqu’en Côte d’Ivoire. Arrivée au bord du fleuve Comoé, elle a sacrifié son propre fils pour que les eaux s’ouvrent et que son peuple puisse traverser. Ce sacrifice est devenu une légende. Les Baoulé, qui sont aujourd’hui l’un des plus grands groupes ethniques de Côte d’Ivoire, descendent de ce peuple. Abla Pokou symbolise le courage et l’amour maternel.
3. Les résistants oubliés
Il y a eu beaucoup d’autres héros moins connus. Par exemple, le chef Guébié, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, qui a refusé de payer l’impôt aux Français et a organisé une révolte en 1910. Ou encore le prophète Harris, qui a utilisé la religion pour unir les Ivoiriens contre l’oppression. Chaque région de Côte d’Ivoire a son propre héros. Demande à tes grands-parents : ils te raconteront peut-être l’histoire d’un ancêtre qui a dit non.
Règle d’or : La résistance n’est pas un échec. Même si les Européens ont fini par dominer, nos ancêtres ont montré qu’ils étaient fiers et courageux. Leur combat a préparé le chemin de l’indépendance.
À retenir
- Les premiers Européens arrivés en Afrique de l’Ouest étaient les Portugais, au 15e siècle.
- Ils cherchaient de l’or, de l’ivoire et des esclaves (traite négrière).
- La colonisation a commencé après la conférence de Berlin (1885) : la France a pris le contrôle de la Côte d’Ivoire.
- Des héros comme Samori Touré et la reine Abla Pokou ont résisté, par les armes ou par la diplomatie.
- La colonisation a imposé le français, l’impôt, le travail forcé et les cultures d’exportation (cacao, café).
Teste tes connaissances
3 exercices, du plus facile au plus difficile.
Facile
En quelle année les Portugais ont-ils dépassé le cap Bojador, un cap dangereux au Maroc ?
Moyen
Quel produit africain très recherché en Europe était fabriqué à partir des défenses d'éléphant ?
Difficile
Quel royaume africain a résisté aux Français par les armes au 19e siècle ?
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